Photo : maison du néolithique ancien en construction dans l’Archéovillage de Saint-Laurent-Nouan. Crédits : Nicolas Patissier pour Studio Zef.

 

Aujourd’hui, Feuilles vives se rend du côté de Saint-Laurent-Nouan pour une visite guidée de l’Archéovillage de l’association « Archéologie pour tous » : une reconstitution d’habitats pré- et protohistoriques allant de la fin du paléolithique jusqu’à la période gauloise, soit de 12000 à 200 avant l’ère chrétienne. La poignée de bénévoles de l’association et les deux salariés permanents s’attellent à la tâche en 2015, sur quatre hectares de forêt à la frontière du Loir-et-Cher et du Loiret. Trois ans plus tard, les constructions sont rares : deux tipis, et surtout une immense maison du néolithique ancien à peine achevée (cf. photo de couverture).

Lien : Page de l’Archéovillage sur le site des Journées nationales de l’architecture

Car l’essentiel du travail n’est pas là : les bénévoles, qui ne se réunissent qu’un week-end par mois, ont dû défricher, ouvrir de nouveaux espaces, puis entretenir ces espaces contre le robinier-faux acacia, espèce invasive qui pullule dans certaines forêts solognotes. L’objectif est de faciliter l’accès au public, mais aussi replacer les reconstitutions préhistoriques au milieu de leur environnement d’époque : chênes pour les périodes gauloise et néolithique, bouleaux et pins pour la sortie de l’ère glaciaire (Azilien), steppe nue entourée de talus gigantesques pour le Magdalénien (cf. diaporama ci-dessous), conçue par les étudiants de l’École de la nature et du paysage de Blois.

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L’Archéovillage a vocation à recevoir les visites du grand public dans un avenir proche, alors que les reconstitutions d’habitats et d’environnements vont se poursuivre sur quatre, puis douze hectares. Mais le site sert déjà de support pédagogique aux activités scolaires et périscolaires habituelles de l’association : ateliers et journées thématiques (.pdf), séjours, visites, chantiers de reconstitution… Ces activités sont le modèle économique sur lequel repose l’association, et contraignent l’avancement des chantiers : tant que le site n’ouvre pas au grand public et ne dégage pas plus de recettes, impossible pour « Archéologie pour tous » de consacrer plus de ressources et de temps salarié ou bénévole à l’avancement des reconstitutions préhistoriques et paléoclimatiques.

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Projet ambitieux et séduisant, l’Archéovillage permet de s’adresser à un public plus étendu que celui qui est habituellement ciblé par l’association (enfants, adolescents). Le bassin moyen de la Loire dispose d’un patrimoine préhistorique riche (en Loir-et-Cher : nécropole néolithique de la Grand-Mesle, site de Muides, référence pour la culture épipaléolithique « belloisienne »), mais peu mis en valeur comparé aux périodes de l’Antiquité et surtout de la Renaissance. Or, jusqu’à récemment, l’archéologie était la discipline d’amateurs par excellence, pratiquée par des agriculteurs, des instituteurs, des curés de village, constructeurs d’un savoir collaboratif, en lien avec leur territoire et directement transmis aux plus jeunes.

Le développement de l’archéologie préventive, en multipliant les fouilles, a contribué à professionnaliser le métier d’archéologue, et à le séparer du profane. Les associations comme « Archéologie pour tous » tentent de combler ce manque laissé par la quasi disparition des archéologues amateurs en termes de lien territorial et de transmission. Dans ce cadre, l’association « Archéologie pour tous » est porteuse d’un projet politique : celui de redonner une dimension plus populaire à la discipline et aux savoirs qu’elle construit, notamment en faisant une place aux amateurs et aux jeunes dans cette construction.

 


Documentation :

Marie-France Creusillet, Roland Irribaria, « L’enceinte néolithique de Muides-sur-Loire », 1999. Article de la présidente et du fondateur de l’association « Archéologie pour tous » sur l’enceinte néolithique découverte sur le site que l’association a fait fouiller par des adolescents de 1989 à 2003.

Anna Hantaï, « Le « Belloisien » aux bords de la Loire : les gisements du Paléolithique final de Muides-sur-Loire », 1997. Le Belloisien est une culture du Paléolithique final pour laquelle le site archéologique de Muides fait référence.

Roland Irribaria, « La Grand-Mesle et la réserve dans l’environnement archéologique régional » (.pdf). Conférence du fondateur de l’association « Archéologie pour tous » sur la nécropole néolithique de la Grand-Mesle, dans la réserve naturelle des vallées de la Grand-Pierre et Vitain.

Dossier « L’archéologie préventive en France » de l’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives).

 

Le reportage en podcast :

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