Nous avons déjà passé deux films de Kelly Reichardt car nous aimons son cinéma indépendant qui prend le contre-pied du rêve américain et sait filmer l’envers du mythe. Ce fut Certaines femmes, un beau film choral sur la condition féminine ou La dernière piste qui renouvelait le genre du western. Aujourd’hui ressort son premier long métrage tourné dans les Everglades de sa jeunesse, qui déjoue les codes du film noir et ceux du road trip avec une maîtrise sidérante.

River of grass comme l’appelaient autrefois les indiens si joliment, c’est l’arrière pays sans charme de la Floride, une région où suinte l’ennui, où prolifèrent les autoroutes qui semblent ne mener nulle part et les laissés pour compte. Cozy, jeune mère « encore dans les limbes » s’ennuie dans son mariage et se désintéresse de ses enfants. Elle rêve de devenir danseuse ou acrobate. Une nuit dans un bar elle rencontre Lee, un pauvre type désœuvré qui attend que la vraie vie commence en végétant chez sa grand-mère et qui vient de récupérer une arme à feu.…Commence bien vite la cavale de ces deux antihéros, ces losers même pas magnifiques en quête d’un hypothétique ailleurs.

Kelly Reichardt a très bien décrit son film : “un road movie sans route, une histoire d’amour sans amour, une aventure criminelle sans crime”. Ce film noir à la fois burlesque et dépressif, espiègle et désenchanté se déroule sur un rythme jazzy dans une harmonie de jaune et bleu, tout en faux mouvements, en fausses pistes et en fausses routes jusqu’au geste final de cette petite de sœur de la Wanda de Barbara Loden.

River of Grass est à retrouver aux Lobis à partir du jeudi 05 Décembre à 18H aux Lobis. Plus d’informations ici