Bonjour,
Bienvenu pour la 12ème édition de Lire Et Ecrire sur Studio Zef 91.1 en FM et en podcast sur studiozef.fr/lire&ecrire où vous retrouverez toutes les émissions.
Aujourd’hui je vais vous parler de ce qui fût un grand mystère pour moi jusqu’à nos jours, « le style ».
Ensuite il est grand temps de parler de notre grand poète Gaston Couté qui continue à pourrir la vie du Bourgeois grâce à de nouveaux talents qui chantent et disent ses textes. Inutile que je vous lise des textes, tellement de gens l’ont fait en chanson ou récités que j’ai préféré vous en faire entendre quelques-uns au cours de cette émission.
Donc « le style », je ne sais pas si vous avez eu dans votre enfance, ces copies de rédaction où en rouge était écrit « faute de style ». Le mot était lâché, implacable, et la note s’en trouvait toujours plus proche du zéro absolu que du dix médian. Mais quel était donc la signification de cette baffe manuscrite, mystère…. Sans doute qu’un jour on aurait dû me le dire, je n’étais peut-être pas là, je pouvais aussi être présent mais je regardais un faucon crécerelle et je partais voler avec lui au-dessus des champs qui bordaient encore, à cette époque lointaine, le collège où les études me poursuivaient sans jamais m’atteindre. Le français était donc ma bête noire, même si en sixième avant 68, nous cherchions l’autre mystère qu’était la femme en reluquant les cuisses de la jeune professeure de langue française adepte de la mode des mini-zupes, passe-temps où pointaient mes prédispositions pour les sciences dites naturelles. Plus tard, la profession de mes parents qui sans Macron servait de selection, m’obligea à suivre des études techniques pour grossir les rangs des ouvriers dans une France sans chômage. En seconde on nous disait avec l’accent coréen ou cambodgien « laisser tomber le français faites des mathématiques » mais celles-ci étant devenues « modernes » l’usine s’approchait à grands pas. Faut dire qu’à cette époque on nous obligeait à travailler sur d’horribles machines qui puaient l’huile dans l’uniforme des futurs esclaves du capital, ces bleus de travail qui marquaient l’appartenance à une classe sociale sans avenir.
Employé dans un service itinérant je fus prisonnier de transports en commun pour traverser la France, j’ai beaucoup lu pour tuer le temps et beaucoup plus tard j’ai fait de vraies études pour comprendre ce que faisait alors qu’au bout du compte j’avais plus de questions que de réponses.
En atelier d’écriture, je constate la difficulté du « style », c’est très difficile à faire sortir les participants de leur manière d’écrire propre à eux seul. Ce pourrait être un bien, mais parfois cela les bloque, le sujet ne permettant pas ce type d’expression. Je m’explique, si je demande de décrire une conversation entre plusieurs personnages de milieux sociaux différents du leur, c’est difficile pour eux de trouver les mots qui vont caractériser ces personnages à travers leurs paroles, leurs façons d’être.
Je comprends maintenant pourquoi c’était si difficile de nous expliquer ça. Et je pense que ça reste le principal challenge d’un atelier d’écriture sans rendre la séance répulsive. Le sujet est trop vaste pour tout dire ici, on en reparlera dans une prochaine émission.
Pour aborder le style, je vais vous parler du poète Gaston Couté qui écrivit dans le parlage des p’tites gens ben d’chez nous. Il est né en 1880 à Beaugency, fils d’un des principaux meunier, il ira jusqu’au lycée à Orléans. Voué à remplacer son père au moulin il y renoncera pour laisser la place à son beau-frère, au grand dam de son père. Il partira à Montmartre au sein de la mouvance anarchiste qui luttait contre les revanchards et l’injustice sociale. Poète il vivra en récitant des vers dans les bars et restaurants de Montmartre, puis écrira des poèmes sur l’actualité dans une revue appelée « La Guerre Sociale ». Son style est à base du patois parlé en Beauce et en Sologne. Bernard Edeine dans « Le vieux parlage solognot » nous dit qu’il s’agit ici de vieux français qu’on retrouve aussi au Quebec.
Habitant à Meung Sur Loire dans la vallée, il choisit la pauvre Sologne contre la riche Beauce, sans doute pour contrer son père lié au blé produit par les gros « farmiers ».
Ses poèmes parlent des petites gens, des pauvres, des travailleurs, de la misère, de l’avortement, de la condition féminine, de l’injustice sociale. Décédé en 1913, il ne verra pas la guerre qui conduisit certains anarchistes à fonder les croix de feu d’extrême droite. Ses poèmes sont intemporels, ils seront chantés et même récités par de nombreux artistes jusqu’à nos jours dont les principaux sont Gérard Pierron, La Tordue, Le p’tit crème, Bernard Meulien, Marc Robin, Hélène Maurice, Pierre-Yves Dyé.
La structure de ses poèmes est nouvelle pour l’époque. Les couplets décrivent un personnage, un milieu social, une injustice, une condition, et se terminent par une morale politique. En cela il est considéré comme le père de la chanson à texte française que reprendrons Brel, Ferré, Brassens et beaucoup d’autres.
Qu’est-ce qui a pu amener le fils d’un gros bourgeois de Meung Sur Loire à devenir anarchiste. Sa famille est composée de grands parents vignerons de Baule qui ont forcément souffert du Phylloxéra qui a détruit toute les vignes dans les années 1860-1870, de ses parents et d’une sœur de 16 ans son ainée. Un lieu presque magique consistant en un moulin au bout d’un marécage appelé « mauve » par la couleur des fleurs qui le recouvrait chaque année. Son père « en bon paysan » travaillait et faisait travailler en maître avec dureté ses employés, ainsi que son fils qui devait apprendre le métier. Une photo montrant la famille au moulin montre à quel point le conflit entre lui et son père devait être rude. Sur la photo il se tient loin de son père protégé par sa mère et sœur (seconde mère que lui ravira son beau-frère qu’il haïra au point d’en faire le symbole du « beauf » repris plus tard par Cabu). Quand il part pour Paris, son père qui n’a jamais pu lui dire qu’il l’aimait lui coupa les vivres pour qu’il revienne. Ils ne se sont jamais compris, au point que celui-ci a su que son fils était devenu célèbre que le jour où il a récupéré son cercueil à la gare. Gaston est mort de faim, rongé par l’alcool n’ayant aucune concession envers les bourgeois qui auraient pu lui payer à manger en l’écoutant. Mort intègre, à 33 ans, cela fait de lui un martyr dont la « sainteté » au sens de l’homme révolté de Camus, ne peut plus être remise en cause.
Ses œuvres complètes ont été publiées par Le Vent Du Ch’min en cinq tomes fin des années 70. Elles sont très difficiles à trouver faute de rééditions.
Je vous donnerais de nombreux liens sur les textes et artistes ayant utilisés les textes de Couté. J’ai créé une page spéciale sur l’auteur sur Facebook, où l’on trouve les photos du moulin, les références des sites et enregistrements le concernant.
C’est le moment de la consigne : Ecrire une histoire en utilisant un dialogue entre les personnages dans leurs patois et expressions provinciales.
Voilà, c’est fini pour ce mois-ci, et si vous voulez gouter aux ateliers d’écriture, venez à l’atelier d’écriture de l’ALEP Blois, les mardis de 14H15 à 16H15.

Les gougandines, Meulien
https://www.youtube.com/watch?v=uje2L6AVPIQ

Le foin qui presse, Meulien
https://www.youtube.com/watch?v=3Jeu4zzs4wo
le champs de naviots, Pierron
https://www.youtube.com/watch?v=FJ0_6dz90K4
les mangeux d’terre
https://www.youtube.com/watch?v=hoahk_azQlU
La complainte des ramasseux d’morts, Pierron, marc Robine
https://www.youtube.com/watch?v=TsCTL_P1ee4
Les p’tits chats, Pierron
https://www.youtube.com/watch?v=H4YaLMS4h8M
grand-mère gâtiaux, Pierron, Marc Robine
https://www.youtube.com/watch?v=nvElCbP0IU8
sur un air de reproche, Pierron, Marc Robine
https://www.youtube.com/watch?v=gd9vUwEbz30
Sur le pressoir, La tordue
https://www.youtube.com/watch?v=cOtGQXW91J0
A l’auberge de la grand-route
https://www.youtube.com/watch?v=RrYSeeb8fbc
La Françoise
https://www.youtube.com/watch?v=l688dGH1Ihk
lien facebook
https://www.facebook.com/Gaston.Coute.poete/